Le puits de la rencontre

Culte de la rentrée

Découvrir Jésus, à partir de ses rencontres relatées dans les évangiles, c’est ce que les enfants de l’école biblique et du catéchisme vont faire cette année. Peut-être qu’au fil de ces récits de rencontres avec Jésus, une rencontre plus personnelle avec lui aura lieu.

Narration biblique pour les jeunes (à partir de Jean 4)

Il était une fois, un puits ; on l’appelle le puits de la rencontre car les femmes qui vont chercher l’eau aiment se rencontrer et échanger les nouvelles.

Il était une fois, une femme de Samarie ; la Samarie, un petit pays près de Jérusalem. Les habitants sont considérés par les pays voisins comme des étrangers, peu aimés parce qu’ils ne croient pas comme eux.

Il fait chaud, très chaud ; le femme Samaritaine sort chercher de l’eau au puits. Au moins, à cette heure-là, ne croisera -t-elle pas les autres femmes qui vont se taire quand elle arrivera ; les autres femmes qui vont lui faire payer sa frivolité, son amour des hommes, peut-être leurs maris…

Elle a soif ; alors elle se rend à contre-temps au puits de la rencontre, à l’heure où elle ne devrait croiser personne.

Or un homme est là, assis, il lui demande de puiser de l’eau pour boire ; sans récipient, il ne peut rien. Il est juif, pourquoi lui adresse-t-il la parole à elle, la Samaritaine ? N’est-il pas au courant qu’un juif ne s’adresse pas aux samaritains ?

En plus, il fait le malin, il dit pouvoir lui donner de l’eau vive, sans récipient ; elle n’y comprend rien… il lui promet de l’eau qui désaltère pour toujours.

Ah, une opportunité se dit-elle ! Plus d’eau à porter ; fini la corvée du puits. La belle vie !

Puis la conversation s’engage ; il sait qu’elle a eu 5 maris. Il a des dons divinatoires, elle en est épatée. Il dit aussi que « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité ».

Cette Samaritaine sait qu’un messie doit venir, elle connaît son nom : c’est Jésus Christ ; elle sait qu’il expliquera tout quand il viendra.

L’homme assis près du puits dit qu’il est celui-là, le Christ ; elle n’en croit pas ses oreilles et court dire aux autres qu’elle a vu un devin. Elle s’interroge encore car elle n’a pas tout à fait réalisé ce qui arrive : Serait-ce le Christ ?

Pendant qu’elle est partie, les amis du Christ qui étaient partis chercher à manger reviennent. Il n’a pas faim, il leur dit :

« Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. »

Eux aussi, ils ne comprennent pas ce qu’il dit.

Mais la femme a réussi ; elle a tout raconté de sa rencontre avec le Christ, et tous accourent au puits  de la rencontre, auprès de ce Jésus Christ ; ils croient direct en lui. D’autres ont encore besoin d’écouter ses paroles, avant de croire à leur tour qu’il est bien le Christ, celui qui vit en relation avec Dieu, celui qui le rend présent aux femmes et hommes qui le rencontrent.

Jésus va rester deux jours avec eux. Il va tout leur expliquer, ce que cela veut dire d’aimer Dieu et aimer en vérité.

Ça ne les rend pas pour autant gentils ; certains disent à la femme que ce n’est pas à cause de ses dires qu’ils croient mais parce qu’ils l’ont entendu eux-mêmes, le Christ.

Peu importe, c’est bien la Samaritaine qui les a mis en route vers le Christ, même s’ils ne sont pas prêts à le reconnaître. Ah, ces hommes… le plus important est le résultat : Ils ont rencontré Jésus Christ et ils confessent qu’il est le Sauveur du monde.

Un puits dans un écrin de verdure
Le puits de la rencontre @Pixabay.com

Lecture du texte biblique : Jean 4

Jésus quitta la Judée et retourna en Galilée. Or il fallait qu’il passe par la Samarie.
Il arrive donc dans une ville de Samarie nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. Là se trouvait la source de Jacob.
Jésus, fatigué du voyage, s’était assis tel quel au bord de la source. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vient puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. 
— Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter des vivres. — 
La Samaritaine lui dit : Comment toi, qui es juif, peux-tu me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? — Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. — 
Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui le lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. 
— Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ? 
Serais-tu, toi, plus grand que Jacob, notre père, qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? 
Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; celui qui boira de l’eau que, moi, je lui donnerai, celui-là n’aura jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. 
La femme lui dit : Seigneur, donne-moi cette eau-là, pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici. 
— Va, lui dit-il, appelle ton mari et reviens ici. 
La femme répondit : Je n’ai pas de mari. Jésus lui dit : Tu as raison de dire : « Je n’ai pas de mari. » Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. — Seigneur, lui dit la femme, je vois que, toi, tu es prophète. 
Nos pères ont adoré sur cette montagne ; vous, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. 
Jésus lui dit : Femme, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient — c’est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car tels sont les adorateurs que le Père cherche. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. 
La femme lui dit : Je sais que le Messie vient — celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, lui, il nous annoncera tout. Jésus lui dit : C’est moi qui te parle.
Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui s’étonnaient de le voir parler avec une femme. Toutefois aucun ne dit : « Que cherches-tu ? » ou : « De quoi parles-tu avec elle ? » 
La femme laissa donc sa jarre, s’en alla dans la ville et dit aux gens : Venez voir ! Il y a là un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! Serait-ce le Christ ? Ils sortirent de la ville pour venir à lui.
Pendant ce temps, les disciples lui disaient : Rabbi, mange ! Mais il leur dit : Moi, j’ai à manger une nourriture que, vous, vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? 
Jésus leur dit : Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas, vous, qu’il y a encore quatre mois jusqu’à ce que vienne la moisson ? Eh bien, je vous le dis, levez les yeux et regardez les champs : ils sont blancs pour la moisson. Déjà le moissonneur reçoit un salaire et recueille du fruit pour la vie éternelle, pour que le semeur et le moissonneur se réjouissent ensemble. En cela, en effet, ce qu’on dit est vrai : L’un sème, l’autre moissonne. Moi, je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté, à vous, aucun travail ; d’autres ont travaillé, et vous, vous êtes arrivés pour recueillir le fruit de leur travail.
Beaucoup de Samaritains de cette ville-là mirent leur foi en lui à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : Il m’a dit tout ce que j’ai fait. Aussi, quand les Samaritains vinrent à lui, ils lui demandèrent de demeurer auprès d’eux ; et il demeura là deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole ; ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de tes dires que nous croyons ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde.

Évangile de Jean 4 : 1 – 42

Prédication de la pasteure Corinne Gendreau

Ce récit de la Samaritaine est un véritable chemin initiatique, avec une rencontre avec le Christ, un témoignage et des conversions.

Tout commence par une rencontre ; rencontre qui présente des originalités au travers d’une situation banale : un homme qui demande à boire parce qu’il fait chaud et qu’il n’a pas de récipient pour puiser l’eau, essentielle à la vie.

Originalité : qu’un juif demande à une Samaritaine, peuple méprisé pour sa différence de pratique religieuse. Soit cet homme meurt de soif et ne peut attendre plus longtemps, soit il fait preuve d’une ouverture d’esprit particulière.

La conversation s’engage, et la femme, qui vient à une heure inhabituelle, au plus chaud du jour, va se trouver en position de sujet devant cet inconnu ; sujet qui se met à parler de sa vie, de ses 5 maris par exemple. On imagine une femme meurtrie par 4 ou 5 ruptures sentimentales, abandons ou veuvage. Cette femme est dans une situation de vulnérabilité extrême. Dans l’antiquité, une telle femme ne vaut rien, elle est totalement en rupture avec la société ; une pauvre femme dans tous les sens du terme. Devant Jésus, qui ne la juge pas, à aucun moment, elle peut reconnaître sa fragilité, peut-être sa peine, le rejet des autres, ses doutes pour son avenir.

Jésus n’a probablement pas eu beaucoup à deviner… son corps, son allure racontait probablement son histoire. Cette femme, par sa rencontre avec Jésus, redevient un sujet d’attention : quelqu’un s’intéresse à elle.

Devenir sujet, advenir à soi-même ; je voudrais développer l’idée d’une rencontre avec Jésus pour être soi, se présenter, devenir adulte…

L’évangile regorge de rencontres de Jésus avec Mr et Mme « tout le monde », ou plutôt avec des personnes oubliées, rejetées, peu aimées ou considérées par leurs contemporains en raison de spécificités suspectes : maladies, vie sentimentale agitée, métier…

Parmi ces personnages évangéliques, nous nous reconnaissons parfois ; d’autres fois, nous les tenons à distance car nous avons peur d’être comme eux.

Dans les deux cas, nous sommes rassurés car Jésus en prend soin ; Jésus les restaure dans leur vie et dans la société. Il leur ouvre un chemin nouveau d’existence ; et ce chemin nouveau, nous en voulons bien, tous ; car nos vies ne sont pas lisses et exemptes de soucis. Nous croyons que Jésus relève des épreuves, soutient et se fait proche des affligés, il sauve.

En ce qui concerne la Samaritaine, elle est tellement caricaturale comme figure, que nous pouvons tous penser que si elle a rencontré Jésus, c’est aussi possible pour chacune et chacun de nous.

Une rencontre rassurante et édifiante ; car Jésus, au passage, lui prodigue un petit catéchisme express sur l’eau vive, une source qui désaltère toujours ; eau vive, esprit, présence de Dieu en tout temps et en tout lieu.

La rencontre avec Jésus la met en mouvement ; comme témoin, elle redevient une femme qui n’a plus peur d’aller vers les autres. Elle court raconter ce qu’elle a compris de sa rencontre avec ce Jésus, qu’elle soupçonne être le Christ. Elle s’interroge : « Serait-ce le Christ ? » Manque de confiance ou sagesse de l’interrogation face au savoir inébranlable ? J’aime la sagesse et la pédagogie de son interrogation : « Serait-ce le Christ ? »

Car, si elle avait affirmé d’emblée qu’elle a vu le Christ, elle serait passée pour une folle. Or son interrogation met les hommes auxquels elle a parlé en situation de discernement, devant un choix à faire : Est-ce le Christ, oui ou non ? Ils se mettent alors en quête de la réponse et donc en mouvement ; ils sont curieux de vérifier ses dires.

Son témoignage, on l’a remarqué sur le mode interrogatif, permet deux types de conversions :

Certains croient directement suite à son récit ; d’autres vont voir Jésus, et, à son écoute font ce que l’on appelle le saut de la foi : ils virent et ils crurent ; ils entendirent Jésus et ils crurent.

Chacun son chemin

Vous le savez, l’Église a choisi il y a quelques années de se définir comme une Église de témoins.

Dans les évangiles, les témoins sont ceux qui attestent d’une rencontre avec le Christ.

Et aujourd’hui ? Témoigner de sa foi, de sa rencontre avec Jésus, qu’est-ce que cela signifie ?

Témoigner, ce n’est pas raconter sa vie en entier. Si l’on s’en tient au témoignage de la Samaritaine, elle parle de Jésus en premier : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait » . J’insiste sur le fait que le sujet du témoignage est le Christ. Ce n’est pas un témoignage centré sur ma personne en « je ».

Ce matin, si je souhaite témoigner du Christ devant vous, je peux partager avec vous comment Jésus m’a rencontrée et comment j’ai fait le saut de la foi. 

Jésus, j’ai en quelque sorte grandit avec. A la maison, on priait chaque jour dans ma toute petite enfance « Petit Jésus, merci pour ce que tu nous donnes ; protège papa, maman les frères et sœurs et tous ceux qu’on aime ». Prière paternelle centrée sur le cercle familial et toujours suivie du Notre Père.

Mais la véritable rencontre a eu lieu grâce aux histoires que j’ai entendues à l’école biblique et au  KT ; Jésus ne m’a pas dit tout ce que j’ai fait, mais Il m’a ouvert les yeux sur la diversité humaine. Il était un exemple de courage dans le combat contre les injustices ; Il a été un modèle de parole contestataire dans un milieu assez rigide du croire.

Il a été, et est toujours pour moi, un exemple de sagesse, un chemin « d’amour » vers les autres différents. Il m’a aussi, avec ses paraboles, appris à ne pas penser que tous les problèmes se trouvent chez les autres, mais que le faible, le fragile, c’est aussi moi-même, et que ce n’est pas si grave de se voir comme tel ; c’est peut-être même tout à fait heureux… Il est pour moi un chemin vers soi-même et vers les autres avec Dieu.

Pour en terminer avec ma rencontre avec Jésus, le Christ, je pense qu’elle a permis à l’enfant que j’étais de devenir un adulte, d’advenir à moi-même en tant que sujet pensant et croyant en un Dieu dont la perspective de salut pour l’humanité emprunte la voie de la patience et de l’amour.

Je suis donc un témoin vivant d’une rencontre avec Jésus Christ ; il est pour moi  le chemin, la vérité et la vie ; il est libérateur de tout ce qui aliène, il est Sauveur.

Aujourd’hui, je crois donc que témoigner de Sa présence ne se fait pas en racontant sa vie, mais en mettant les enfants, les adultes sur un chemin, en direction d’un puits de la rencontre.  Ce chemin, on le trouve en écoutant les récits bibliques, par exemples les rencontres avec Jésus, et en lisant les évangiles.

Faire découvrir les évangiles, raconter les histoires de la vie de Jésus, c’est offrir la possibilité d’une rencontre avec le Christ et de découverte de la vie « en plénitude ».

Le rencontrer est un événement possible, toujours possible, car Il nous attend au puits de la rencontre. Rencontrer le Christ, s’interroger toujours, partager avec d’autres ce qu’il a fait, ses idées, sa philosophie/sagesse, voilà ce à quoi nous sommes toujours appelés en tant que témoins.

Que Dieu nous accompagne sur ce chemin.

Amen

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