Être porteurs d’une Parole qui soigne

Prédication du pasteur Pascal Lefebvre du dimanche de Pentecôte, 5 juin 2022, au Temple du Hâ, Bordeaux

Lectures bibliques

Ayant fait venir ses douze disciples, Jésus leur donna autorité sur les esprits impurs, pour qu’ils les chassent et qu’ils guérissent toute maladie et toute infirmité.
Voici les noms des douze apôtres. Le premier, Simon, que l’on appelle Pierre, et André, son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; 
Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le collecteur d’impôts ; Jacques, fils d’Alphée et Thaddée ; 
Simon le zélote et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.
Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; 
allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. 
En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché. 
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

Matth. 10 : 1-8

Nous vous invitons aussi à les les textes suivants en ligne (cliquer sur les liens) :

Comment parler de l’Esprit saint aujourd’hui ?

Le vent de Dieu… son Souffle vital… son Énergie… ?

Quel est son rôle ? En quoi cela nous concerne aujourd’hui encore ?

Précisément, les textes de ce jour nous appellent à accueillir ce Souffle de Dieu dans notre vie, et à nous laisser guider et inspirer par Lui.

En cette fête de Pentecôte, les Chrétiens commémorent le don de l’Esprit saint… tout comme les Hébreux se souvenaient autrefois du don de Loi au Sinaï.

C’est un nouveau peuple de témoins que Dieu a suscité… des témoins du salut de Dieu… et cela commence avec l’évènement de Pâques : la résurrection du Christ.

*C’est d’abord du côté de l’évangile selon Jean (Jean 20 : 19-23) que nous pouvons regarder. Nous venons d’écouter un récit d’apparition.

De façon inouïe et inattendue, le Crucifié apparaît à ses disciples comme vivant après sa mort… vivant dans une autre sphère de réalité… puisque – nous dit-on – les portes de la maison sont verrouillées… donc Celui qui leur apparaît n’est pas rentré par la porte.

C’est une expérience spirituelle extraordinaire qui est racontée ici… expérience « incroyable » que vivent collectivement les disciples, alors qu’ils semblent confinés dans la peur.

Jésus – le Crucifié – se rend visible. Il manifeste ainsi aux siens que la mort n’a pas eu le dernier mot… qu’il vit désormais dans une autre sphère de réalité, que les premiers chrétiens ont appelé du nom de « résurrection ».

L’apparition du Christ ressuscité – on l’imagine – remplit de joie les disciples craintifs et certainement les saisit d’émotions, les déboussole ou les frappe de stupeur.

Aussi, le Christ adresse-t-il des mots de paix pour calmer les esprits.

Mais lors de cette expérience spirituelle inouïe, Jésus ne se contente pas de manifester sa présence. Il donne aux disciples l’Esprit saint, le Souffle divin, et les envoie en mission.

Leur vocation – l’appel qui leur est adressé – est une mission de pardon, de libération :

Remettre les péchés des hommes et des femmes, les libérer des entraves du mal, les délivrer des fausses routes, des fautes passées… de toutes formes d’esclavages ou de culpabilités… pour rendre à chacun la liberté, dans une relation d’amour avec Dieu et avec le prochain. C’est une mission de libération et de réconciliation à laquelle les disciples sont ainsi appelés : permettre à chacun de vivre libre avec et devant Dieu, s’ouvrir au pardon et à la lumière du Père, pouvoir vivre réconcilié avec soi-même, avec Dieu et avec les autres.

L’instrument offert aux disciples pour accomplir cette mission, c’est l’Esprit saint, le Souffle de Dieu… Autrement dit, c’est la présence et l’action de Dieu lui-même que le Christ offre aux disciples, pour parvenir à accomplir cette mission de libération de l’humanité.

*Le lecteur attentif des évangiles remarquera que la mission que Jésus offrait aux disciples (bien plus tôt dans l’évangile), lors de sa vie publique, était très proche de cet envoi.

On en retrouve la trace dans l’évangile de Matthieu au chapitre 10 (v 7-8). Je cite : « En chemin, proclamez que le Règne de Dieu s’est approché. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons…. »

Jésus invitait ses disciples à faire ce que lui-même faisait. Il les appelait à proclamer la Parole de Dieu, mais aussi à accomplir, en son nom, des actions de guérison. 

La mission était de caractère thérapeutique

La proximité du règne de Dieu inaugurée par Jésus devait permettre à ses disciples de participer à la libération du monde.

Le mot grec thérapeuo a plusieurs significations : servir, assurer un service / soigner, guérir, apporter un remède, restaurer la santé. En ce sens, il rejoint le mot latin salvus (salut) qui veut dire « guéri ».

Pour les disciples, il s’agit donc d’aider, de soutenir, de réconforter, de prendre soin… et plus fondamentalement de libérer d’un mal, d’apporter une forme de salut, de guérison… de la part de Dieu.

Comment recevoir cette exhortation de Jésus, 2000 ans plus tard ?

Sommes-nous capables de participer à cette mission qui consisterait même à « ressusciter les morts » ? ou à « expulser les démons » ?

Comment pourrions-nous traduire aujourd’hui dans un langage plus contemporain les mots employés par Jésus ?

« Guérir les malades » :

Cette invitation ne doit sans doute pas s’entendre seulement sur le plan de la santé physique.

Même si nous ne nous sentons pas forcément équipés d’un don de guérisseur, de thaumaturge, nous pouvons y participer.

Par notre présence, autour de nous, nous pouvons écouter les autres, les accompagner, les soutenir, les réconforter, leur redonner le moral, les redynamiser.

Nous pouvons leur redonner courage et confiance, et les accompagner sur un chemin de guérison intérieure.

« Ressusciter les morts » :

« Ressusciter » signifie « réveiller » et « relever »… réveiller les consciences et relever ceux qui en ont besoin, ceux qui n’ont plus d’espérance.

Nous pouvons toujours faire quelque chose, face à l’individualisme ambiant, à la mentalité du « chacun pour soi ».

Dans les rencontres du quotidien, ici ou là, nous pouvons accueillir les autres, permettre à chacun de reprendre conscience de sa vie devant Dieu, du fait que notre vie compte, que notre âme est liée à Dieu… ce que nous oublions parfois quand nous sommes épuisés par les soucis, les préoccupations du quotidien… ou lorsque nous traversons des épreuves qui nous plombent ou nous jettent à terre.

Nous pouvons agir et aussi, parfois, trouver sur notre route quelqu’un qui nous aide à nous relever (un « bon samaritain »)… qui permet que la vie afflue à nouveau en nous… qui nous remet en contact avec notre vitalité intérieure… lorsque celle-ci a été coupée.

« Purifier les lépreux » :

Cela peut s’entendre de deux manières : d’une part, accueillir ceux qui se considèrent comme indignes. Nous pouvons accueillir notre prochain sans condition, tel qu’il est, et lui souhaiter la bienvenue et lui signifier qu’il est précieux aux yeux de Dieu.

D’autre part, nous pouvons lui permettre une transformation intérieure, grâce au lien avec Dieu… en le remettant sur la route d’un cheminement possible et personnel avec Dieu.

« Expulser les démons » :

C’est libérer les êtres qui en ont besoin des schémas existentiels pathogènes, ou les libérer des images nocives de Dieu, des projections négatives d’autrui, ou tout ce qui peut réduire leur vie ou l’estime de soi…

C’est les libérer aussi des emprises, des idoles ou des addictions… ou de tout ce qui peut les abîmer ou amoindrir l’image d’eux-mêmes.

Nous avons tous besoin de libération !

Quel que soit le vocabulaire employé, il s’agit d’apporter délivrance, pardon, guérison, réconciliation, paix intérieure, avec soi, avec Dieu et avec autrui… de renouveler la confiance (en Dieu et en soi), d’ouvrir à l’espérance.

Les disciples sont donc appelés à transformer les situations… à apporter de la nouveauté dans le monde : à être « sel de la terre » et « lumière du monde » (Matthieu 5 : 13-16)… Ce qui signifie « transmettre » la lumière qu’ils ont eux-mêmes reçu dans la foi.

Mais comment les disciples pourraient-ils faire tout cela ?

Comment est-ce possible ?

Ils ne peuvent pas accomplir cela par eux-mêmes. Mais c’est l’Esprit saint, le Souffle de Dieu, qui peut agir par eux. C’est ce que racontent les récits de Pentecôte.

C’est le Christ qui donne son Souffle aux disciples – comme une énergie – pour les inspirer et les gonfler à bloc… pour leur permettre de faire ce qui peut parfois sembler impossible.

L’enjeu est donc de laisser Dieu être Dieu en soi… c’est-à-dire d’accueillir et de laisser de la place à l’Esprit saint dans notre vie et notre cœur. Car c’est Lui qui peut agir en nous et par nous.

En premier lieu, cela nécessite de faire confiance à Dieu… de s’ouvrir à Lui… donc de se rendre disponible à son Esprit d’amour.

Cela signifie pour nous (en tant que disciples) d’accepter de prendre du temps dans notre vie quotidienne pour méditer, prier en silence, ouvrir notre cœur et ressentir la présence de Dieu en nous et dans notre vie… et nous laisser transformer par Lui.

L’autre texte proposé à notre lecture en ce dimanche de Pentecôte, c’est le récit des Actes des Apôtres, au chapitre 2.

Nous connaissons bien ce passage que nous lisons tous les ans.

Il montre – ici aussi – ce que l’Esprit Saint est capable de faire.

Le texte de Luc parle symboliquement de langues de feu qui se posent sur chacun.

L’évènement de Pentecôte se caractérise par le don de l’Esprit offert aux croyants.

Tous ceux qui reçoivent une part du Souffle de Dieu sont alors animés d’un feu nouveau – d’un nouveau dynamisme – puisqu’ils reçoivent une force intérieure de la part de Dieu : une énergie qui les ouvre à la gratitude, à la louange, et les pousse vers l’extérieur.  

Cette présence de Dieu dans le cœur des disciples, c’est comme une nouvelle dynamique, qui leur donne une compétence nouvelle et un élan particulier.

Grâce à la présence de l’Esprit divin, ils sont inspirés et se font comprendre. Il se produit un miracle de la communication, puisque chacun est au bénéfice de la Bonne Nouvelle… et reçoit alors le témoignage des « merveilles de Dieu » dans sa propre langue.

L’Esprit saint répandu dans le cœur des disciples les envoie donc en mission… Ils ont désormais le cœur brûlant, comme les disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24).

Malgré tout, nous aimerions en savoir plus… 

Quelles sont ces « merveilles de Dieu » que les disciples annoncent : de quoi parlent-ils ?

Pour savoir de quoi les disciples témoignent avec tant d’enthousiasme, il faut relire la prédication de Pierre dans la suite du chapitre 2 (ce que nous n’allons pas faire maintenant, mais ce que je vous invite à faire chez vous.)

Celui-ci annonce la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus (le Christ injustement crucifié), et précise que le Christ a reçu du Père l’Esprit saint et l’a maintenant répandu.

Ainsi, en accédant au monde spirituel, au monde de Dieu, Jésus a pu transmettre son Esprit sur la communauté.

En d’autres termes, dans sa prédication, Pierre annonce qu’à travers Jésus, le Ciel s’est ouvert… que l’Esprit de Dieu est désormais offert à ceux qui vivent de cette confiance.

Gonflé à bloc par le souffle de Dieu, Pierre peut témoigner du Christ Ressuscité… il peut annoncer une parole de libération… une parole qui décoiffe… qui nous libère de tout ce qu’on croyait savoir : sur le péché, la mort ou la religion…  

Dieu était bien du côté de Jésus… En le relevant de la mort, il manifeste son salut… et révèle son amour pour les humains, malgré tout… malgré la crucifixion de son porte-parole.

La Bonne Nouvelle est donc annoncée… elle est offerte à tous : Juifs ou païens convertis (Prosélytes), gens des îles (Crétois) et gens du désert (Arabes).  La description des nombreux témoins qui entendent cette Parole préfigure déjà la dimension universelle de l’Évangile.

Surtout, l’évènement de Pentecôte signifie que c’est l’Esprit saint qui pousse les disciples au témoignage chrétien et leur permet de communiquer et de se faire comprendre… puisque l’Esprit dote les croyants d’une force de communication sans pareille… et même d’une forme d’enthousiasme communicatif, voire d’exaltation… au point que certains croient qu’ils sont plein de vin doux (comme Luc le laisse percevoir : Actes 1 : 13).

Les disciples vivent donc une sorte d’expérience spirituelle publique… au sens où la présence vivante de Dieu – son énergie – est manifestée au cœur du monde.

Cela doit nous faire réfléchir pour notre propre témoignage 2000 ans plus tard.

La Mission de l’Église est, en effet, d’annoncer la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus Christ.

Pour mener à bien cette mission, nous sommes appelés à nous laisser inspirer par Dieu. C’est ce que nous rappelle ce récit de Pentecôte.

Cela signifie pour chacun de nous un appel à vivre une proximité avec Dieu dans notre quotidienlui faire de la place dans notre vie… ressentir la douceur et la force de sa présence… nous laisser inspirer par son Souffle – son Esprit d’amour – dans toutes les dimensions de notre vie : vie personnelle, familiale, professionnelle, communautaire.

Ces récits, enfin, nous permettent de reprendre conscience de notre mission :

Comme l’exprimait autrefois le pasteur et théologien D. Bonhoeffer, suivre le Christ implique un changement de vie – il disait même un renoncement à sa vie passée – c’est-à-dire un renoncement à être du monde, pour être au Christ. Il s’agit d’une confiance qui engage et d’une libération pour le monde.

Le disciple n’est pas disciple pour lui-même, ni seulement pour Jésus, mais, étant un « je » en Christ – un être centré uni au Christ – il est disciple pour être envoyé, pour servir, pour se charger, pour porter les fardeaux de ses frères, pour leur apporter libération… et pour, à son tour, « aider son prochain à être un homme devant Dieu ».

C’est le sens de la mission chrétienne selon Bonhoeffer :

L’Esprit saint nous appelle et nous inspire pour « aider notre prochain à être un homme [ou une femme] devant Dieu ».

C’est ce dont nous avons besoin individuellement… ce dont notre monde a besoin collectivement : retrouver notre unité avec le divin, pour « choisir la vie »… pour nous laisser guider et inspirer par Dieu.

C’est, en effet, l’affirmation centrale de Jésus dans son sermon sur la Montagne et c’était sa foi : nous trouvons tout ce dont nous avons besoin dans la proximité de Dieu (cf. Matthieu 6 : 33).  

Grâce à l’Esprit, notre vie retrouve confiance, liberté et sens … et nous sommes alors heureux de transmettre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, qui nous relève et nous libère.

Nous devenons porteurs et témoins d’une Parole qui soigne

C’est peut-être cela le cœur de notre mission : être les porteurs d’une Parole qui apporte libération et guérison.

Demandons donc à Dieu son Esprit Saint… son énergie d’amour… afin qu’il nous inspire et nous guide tous les jours de notre vie !…

Et, gonflés à bloc, puissions-nous, nous aussi, nous mettre en mouvement et proclamer « les merveilles de Dieu ».  Amen.

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