L’aujourd’hui de la justice et l’identité du Fils de Dieu

Service œcuménique, église Saint-Augustin, le 27 janv. 2019

C’est le début de la mission de Jésus en Galilée. C’est aussi l’annonce du salut fondée sur l’Écriture et inspirée par l’esprit et, déjà si tôt l’allusion au salut des païens. Et, trop tôt, le refus des compatriotes de Jésus et leur tentative de meurtre.

C’est donc « l’aujourd’hui du salut » : « aujourd’hui cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez ».

Lecture bibliqueLuc 4 : 14-30

Une déclaration révolutionnaire. Subversive même ! Celui qui vient d’être baptisé par Jean commence à parler avec autorité dans la synagogue, y « trouvant » un texte d’Ésaïe qui parle de la consécration d’un prophète dont il endosse totalement la mission et l’accomplissement messianique : la transmission du message de la Bonne Nouvelle destiné aux pauvres, et l’accomplissement d’une œuvre qui est libératrice.

Je voudrais ce matin avec vous m’arrêter sur deux mots dits ici ou suggérés.

Reproduction du tableau
Reproduction du tableau « Automne de Nazareth » de Georges Rouault. L’original du tableau « Automne de Nazareth » de Georges Rouault se trouve au Musée du Vatican. Cliquer sur l’image pour le voir sur le site du Musée.

Aujourd’hui…car aujourd’hui Jésus sort du virtuel de cette mission évangélisatrice pour passer au stade de réalisation effective, concrète, spirituelle en un mot.

Identité… l’identité de Jésus et, à travers lui, celle du disciple du Christ. « N’est-ce pas le fils de Joseph ? Qui est-il vraiment ? Peut-on confondre cet homme avec un prophète et, à plus forte raison, scandale inouï avec le Messie ?

En vertu de notre baptême commun, dans le nom de ce Jésus Christ, sauveur, nous partageons tous, en tant que disciples du Christ la mission prophétique de Jésus qui est la véritable marque, le sceau du Messie. A la fois annonce de la Bonne Nouvelle, accueil favorable, parti-pris de Dieu envers les pauvres et les faibles et à la fois pratique, expérimentation de cette annonce, en paroles et en actes, pratique et expérimentation « spirituelles ». Parole et acte difficiles l’un comme l’autre à exercer sachant que, dans bien des endroits du monde cette parole demeure interdite, dangereuse, risquée alors que sans doute, comme tout altruiste qui se respecte, l’accueil fraternel, le partage matériel peuvent être exercés selon la vérité humaine commune, vérité que l’on retrouve aussi dans la Bible et le Nouveau Testament sous l’expression : « Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous » (Mt 7:12).

Aujourd’hui : l’aujourd’hui de la présence de Dieu

Hier, c’était annoncé et on savait que cela allait advenir. C’est là le message de l’Ancien Testament et des Prophètes. Mais aujourd’hui, nous n’attendons plus ce qui est advenu il y a deux mille ans, la venue du Messie incarnée en Jésus Christ, même si nous attendons son retour en gloire comme le Nouveau Testament ne cesse d’en rappeler l’imminence : « Maranatha Seigneur » !

C’est donc maintenant que Dieu nous demande d’être et d’agir, pas demain ! Pas peut-être ! Pas si j’ai tout compris de l’Évangile, pas si je ne me sens pas prêt ! Pas capable, ou bien si je doute de la force et de la légitimité de ma communauté chrétienne à être « représentative », bonne « communicatrice », visible dans les médias et les réseaux sociaux ! Non ! Si j’attends d’être un chrétien actif parce que je dispose sur mon compte Facebook, Instagram ou Twitter des milliers de « followers », alors, non, je ne ferai jamais rien, n’annoncerai jamais rien. Je ne manifesterai jamais la présence de Dieu et son amour, ni aux pauvres ni aux autres !

C’est aujourd’hui, ici et maintenant, là où vous êtes, à la place que vous occupez que vous devez, à sa suite vous levez, dérouler le rouleau de votre foi et endosser la fonction de disciple que le Seigneur vous désigne. Et, n’attendez pas que votre voisin le fasse à votre place ! L’amour de Dieu à dire et à vivre, c’est toujours un engagement unilatéral ! Le bilatéral ou multilatéral c’est juste bon pour la diplomatie et ses atermoiements incessants… La Bonne Nouvelle de Dieu, cela reste risqué, plus ou moins, de la moquerie (« regardez : ils croient encore en Dieu comme les petits enfants croient au Père Noël ! ») jusqu’à la mise à mort en Corée du Nord, Pakistan ou au Soudan. Et, cette annonce elle est urgente. Elle presse.

Le monde souffre et attend cette parole de libération et de Grâce. La Grâce : sens, force, direction, parole intelligente, sagesse, tout ce qui suscite confiance et sérénité.

Si je ne la dis pas, si je ne la vis pas, si elle ne me dirige pas vers le monde, au cœur du monde, au cœur de l’enfer du monde, qui la dira et la vivra pour moi ?

La parole douillette et sans saveur, le « blablabla » évangélique cela ne correspond en rien à l’intrusion du Messie dans notre espace-temps ! Le Royaume de Dieu, la Terre Promise, la Nouvelle Jérusalem, le Royaume des cieux ne se trouvent pas dans le ciel et les nuages de notre imagination, ni en haut de nos gratte-ciel du pouvoir et de l’avidité dévastatrice des multinationales opaques, silencieuses et secrètes ! Mais, puisque vous les cherchez, ils se trouvent en bas, à la cave dont il faut descendre les quelques marches qui nous séparent des pauvres, des oubliés, des opprimés assis par terre, une terre dépossédée, là, à attendre le signe et la parole, le geste et le regard qui les délivreront enfin de leur oppression, de leur condition funeste pour les rendre à la vie. Oui, nous sommes des porteurs de parole et d’oxygène spirituel. Voilà à quoi nous sommes appelés.

L’identité

Suis-je, moi, habilité à annoncer cette parole d’accueil et de grâce de la part de Dieu ?

À propos de Jésus de Nazareth, ses compatriotes, ses voisins, ses coreligionnaires même sont plus que nuancés, voire circonspects ! Est-il possible qu’un petit gars de chez nous puisse se prendre pour le Messie, toutes proportions gardées de son autorité naturelle et de ses extraordinaires charismes… dont on ne pensait pas, entre parenthèses, qu’un fils de charpentier puisse être jamais doué ou doté ?… tout rabbin qu’il est !

C’est quoi au juste l’identité de chrétien, de disciple du Christ, de « suiveur » (et pas « follower ») en paroles et en actes ? Qu’est-ce qui forge cette vocation à parler au monde, à montrer au nom de, à interpeller au nom de… si ce n’est cette parole, cet esprit, cet appel, cette conversion à la présence de Dieu en nous qui nous transforment, nous nomment, nous désignent.

Comment pouvons-nous parler de Justice en son nom, nous engager avec d’autres et pour les plus petits d’entre les humains en étant certains de pratiquer la justice et le droit, de faire œuvre utile ? si ce n’est parce que c’est Dieu lui-même qui nous rend juste, nous justifie, par le moyen de la foi… qu’il nous donne lui-même, cette foi qui ne vient même pas de nous, ni de nos propres efforts à croire.

Non ! Car « ce n’est pas un esprit de timidité que vous avez reçu mais un esprit de vérité, de force, de maîtrise de soi et d’amour » (2 Tim 1:7).

Non ! Nous ne sommes ni prophètes, ni Messie bien sûr et pourtant, oui ! En tant qu’enfants de Dieu adoptés et aimés par lui nous pouvons annoncer et pratiquer sans crainte les « affaires du Père » puisque nous sommes les héritiers, les dispensateurs de sa Grâce.

Notre identité profonde

Celle d’être, dorénavant les dispensateurs de la Grâce, les indicateurs du Royaume, les porte-parole, les porte-voix de la justice, les porte-faix, porteurs de fardeaux, les bateliers de l’espérance pour les pauvres et les faibles.

Catholiques, Protestants, Orthodoxes, Anglicans, nous tous, Chrétiens rassemblés, nous sommes constitués quelle que soit notre culture religieuse, nos habitudes, nos théologies nos systèmes communautaires, nous sommes pétris aujourd’hui et toujours de cette identité que nous partageons entre nous. À vrai dire : qu’est-ce qui nous éloigne tant les uns des autres ?

Une identité qui fait de nous tous, rassemblés ou éloignés (est-ce si fondamental que cela ?), unité dans la diversité des tribus d’Israël un peuple en marche, un même peuple en marche, une même marche, une même quête de Grâce.

Le monde souffre et attend une parole de délivrance : il y a urgence à annoncer la Parole, urgence à pratiquer la justice, urgence à préparer les chemins du Seigneur qui vient.

Pasteur Pascal VERNIER, pasteur de l’Église Protestante Unie de Bordeaux à Mérignac
27 Janvier 2019

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