A propos de la catéchèse

Mérignac, prédication lors du culte du 16 octobre 2018.

La foi, sa transmission, et le salut : un défi pour la catéchèse et un corps-à-corps de tous les jours !

Lectures bibliques : Ésaïe 50:5-9, Jacques 2 :14-18, Marc 8:27-35

L’enseignement (Ésaïe 50 :5-9)

« Le Seigneur m’a enseigné ce que je dois dire pour que je sache avec quels mots je soutiendrai celui qui faiblit ». Il me réapprend à écouter comme doivent écouter les disciples.

Enseignement donc, catéchèse (ce qui signifie « enseigner » en grec). Gros enjeu que celui de l’enseignement qui n’est pas « que » biblique. La transmission de la foi : chacun et chacune y est attentif, peut-être contraint, questionné ! De quel enseignement s’agit-il ? Scolaire ? Professionnel? Intellectuel ? Sportif ?

Pas du tout ! C’est un enseignement qui s’adresse à la vie toute entière et aux vivants que nous sommes, vieux ou individus en devenir, enfants, adolescents. Tous les âges de la vie pour la vie, et la vie durant. Quelque chose qui sert, qui est utile, nécessaire, peut-être même indispensable pour affronter la vie, ses tribulations, son sentiment d’injustice, son incompréhension, souvent. Un enseignement « spirituel » c’est-à-dire qui s’adresse à une part de nous-même invisible, cachée, que nous ignorons ou plutôt dont nous minimisons l’importance… alors qu’elle constitue l’essence même de notre existence.

Vous vivez ! Nous vivons ! Qu’est-ce qui fait que nous en connaissons la totalité des méandres, la destination ? Vous dites la rivière ! Mais l’avez-vous suivie de la montagne à la mer ? dit le poète (1).

Photo d'un paysage valloné avec un ruisseau qui le traverse
1) Voir le remarquable petit ouvrage « Histoire d’un ruisseau », du géographe protestant Elysée Reclus (réédité chez Actes Sud).

Nous sommes tous des catéchètes parce que témoins de ce qui coule en nous, secret, pressenti. Un enseignement spirituel au sens où il désigne la finalité et le moteur de notre être. Se tenir debout, apprendre à être humain, la droiture, la vérité, la quête

de l’autre et apprendre sans cesse à approcher Dieu et à compter sur lui, apprendre et apprendre à savoir qu’Il est présent dans ma vie, qu’Il m’accompagne, qu’Il me permet, sans risques, de prendre du recul… car « le Seigneur est à mes côtés ». Apprendre à écouter (et non à entendre), l’écoute sur laquelle se fondent la compréhension de l’autre, le dialogue, le débat dans le respect de chacun.

Un enseignement à la fois plus compliqué car Dieu demeure caché, sa Parole reste sans limites de compréhension exhaustive et nécessite une connaissance de soi, une certaine aptitude ou l’acquisition du temps calme de méditation. Et à la fois plus simple puisqu’il s’agit de rendre « présent et vivant » Jésus-Christ et d’accepter de la part du Père son amour pour nous, un amour gratuit de toute idée de rétribution, de dû.

La catéchèse ? C’est tisser un lien entre Dieu et moi, pour toute la vie, un lien existentiel donc. Un lien avec « Notre Père », fraternel, bienveillant.

Notre Père : dire le Notre Père comme les disciples incrédules l’apprennent eux-mêmes de Jésus qui leur apprend à prier… comme il faut !

Et, comme en filigrane de cette bonne catéchèse et bonne prière au Père, la figure du Serviteur Souffrant, celle du Christ Jésus. Et derrière celle de Jésus, fils adopté, celle du Père, « le Seigneur qui me vient en aide ». Et derrière cette force paradoxale (qui est aussi faiblesse, souffrance) le salut, avec la joie qui va avec !

La foi, comment ? (Jacques 2 :14-18)

La foi sans les œuvres a-t-elle un sens ?… même si la foi n’est pas le prix à payer de notre proximité avec Dieu… qui se dit être « notre Père ». Le « Ta foi t’a sauvé(e) » ne peut être compris dans ce contre-sens.

Dessin d'un personnage qui se tient la tête et montre l'étonnement« Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (1 Jean 3 :16). La foi c’est quoi au juste ? Une idée, un dogme, une assurance tous risques, une simple philosophie, un hasard ou une nécessité, un « doudou » devant la mort ? La foi aurait-elle le pouvoir de sauver ? (de la mort et du reste). Le salut, encore ! Mais c’est quoi le salut ? Et la foi ? Peut-on rester les bras croisés lorsque l’amour de Dieu coule en vous ?

Pour une foi qui se voit et se vit en actes, en actions ou bien une foi qui se noie, se dissout ou s’encadre comme on encadre un diplôme ? Une foi en Actes, ceux des apôtres, le livre des Actes des Apôtres (thème cette année des groupes Nicodème) ou : comment la promesse de la présence de Dieu est vécue au quotidien par celles et ceux qui y croient. La naissance de l’église (lieu, espace, temporalité) de l’appel de Dieu à le suivre, maison de la promesse… et du salut.

L’église : pas irénique, irréelle! Pas un lieu si « cool » que cela, loin s’en faut ! des questions, des dissensions, jalousies, rivalités. Bref ! une communauté humaine dans toute sa splendeur. Mais traversant tout ce livre, la même force d’un Dieu présent au monde, au milieu du monde… et une joie formidable. Joie du salut à découvrir. Pourquoi les premiers chrétiens étaient-ils si joyeux ?

De la foi au salut (Marc 8 :27-35)

Tu es le Messie ! Pierre reconnaît ici Jésus comme le Messie de façon impromptue, sporadique, inattendue, incontrôlée. C’est un cri à la « Münch », un cri qui le dépasse et dépasse totalement sa pensée. Plus un pressentiment que l’aboutissement d’une réflexion ordonnée et documentée. Bien sûr la foi peut être sagesse, sérénité, calme et clarté. Elle est souvent, beaucoup plus souvent, tumulte, combat ! Ici aussi, comme dans le livre des Actes on est dans le quotidien de l’humanité, au corps à corps avec Dieu comme Jacob luttant avec l’ange. Dire que la foi est pressentiment plus qu’affirmation ou certitude, c’est accepter de constater que Dieu n’est pas évident, qu’il suscite même le doute, voire l’incompréhension. Constatons ensemble que lorsqu’on l’appelle, il ne répond pas toujours ou bien que nous comprenons bien mal ou pas du tout ses réponses… Il dit qu’il donne de bonnes choses à ses enfants, oui ! Mais constatons que ce n’est pas toujours ce que nous lui demandons et attendons de lui… Le pressentiment de la foi : croire au-delà du doute, du doute au-delà de toute espérance et espérer au-delà de toutes souffrances. Ce pressentiment de Dieu s’impose à moi-même quand tout semble perdu, fini, déçu, dépité, isolé. Et, je dis souvent personnellement : « et pourtant Seigneur à qui d’autre qu’à toi irais-je ? c’est toi qui a les paroles de la vie éternelle. La Parole et le contrôle sur les choses ultimes, dernières, sur ce qui vient et va advenir ».

Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra pour moi et pour la Bonne Nouvelle la… sauvera (le salut : encore et encore !). Suivre Jésus, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… jusqu’à la folie du martyr…ou pas du tout ?

Jésus. Vous savez d’où vient ce nom ? C’est la transcription d’un nom et mot grec qui lui-même provient d’une racine hébraïque qui signifie : aider et sauver. Jésus-Christ : Messie, oint, choisi. Donc le Messie Sauveur ! Mais qui sauve de quoi au juste ?

Peut-être de 4 manières :

  •  Aider, guérir, être heureux, vivre, délivrance, libération, bien, bonheur, être au large, à l’aise, léger, être victorieux, venir au secours, prospérité, la paix, être affranchi
  • Le salut est lié à l’histoire du peuple d’Israël, sa libération d’Égypte, au nationalisme, délivrance collective plus qu’individuelle
  • Le salut désigne les choses de la fin (parousie, retour en gloire, eschatologie, vie éternelle)
  • Le salut est « réservé » à Dieu lui-même. C’est lui qui opère le salut, c’est son œuvre. Attente, espérance et joie en sont les conséquences et les signes, voire les marques.

Pasteur Pascal VERNIER
Mérignac, le 16 Octobre 2018

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